





« Les sons me font voyager »
J’ai commencé à enregistrer de la guitare sans savoir en jouer. La pratique de cet instrument, en studio et sur scène, est venue plus tard. Dès mon enfance, le vieux radiocassette m’a aidé à composer mes propres morceaux. J’en détournais l’usage en l’enrichissant. C’était, si l’on veut, ma table de régie, je superposais un riff de guitare à un autre afin de produire des enregistrements « multipiste »; je pouvais ainsi expérimenter à l’oreille le matériau sonore récolté, en découvrant à ma manière les techniques de studio dont j’ignorais tout. Un bidouilleur qui apprend par lui-même, un autodidacte forcené, c’était moi et, à bien des égards, je le suis resté.
Le son, j’ai assez vite appris à le jouer avec d’autres et pour les autres, en fondant à 11 ans mon premier groupe de rock. Je me suis depuis associé à une demi-douzaine de formation différentes, jusqu’à Svarts, un projet réalisé avec un ami. Ensemble nous avons sorti deux albums sur Humus Records. Auparavant, entre 2003 et 2010, j’ai fait partie du duo electro « montpetitponey », signant un album sur Everest Records qui a eu un certain écho. Nous nous sommes produits sur la scène du Palladium à Genève, dans le cadre du festival Electron, et notre titre, « mister pony », a été longtemps en playlist sur Couleur 3.
Mes influences musicales sont diverses et variées, avec une préférence pour Boards of Canada, un duo d’électronique ultra mystérieux. Le groupe est issu de la scène du label Warp Records, période 1990-2000, la plus féconde et stimulante. Les Américains de Nine Inch Nails, avec leur musique mégaplanante, figurent également dans ma playlist personnelle. Sans compter toute la scène Indus, Punk, Grunge, Post hardcore, de Mazzy Star à My Bloody Valentine.
Je continue à aimer ce qui est, musicalement, décalé, à arpenter les marges sonores comme visiter les expositions consacrées à l’art brut. Bref, tout ce qui s’invente en dehors des sentiers battus me nourrit dans mon travail artistique. Y compris le cinéma quand il sort du cadre, à l’image du film d’Ettore Scola, Affreux, sales et méchants, racontant la vie quotidienne dans un bidonville de la banlieue de Rome.
J’ai commencé à réaliser des musiques de film pour l’émission Passe-moi les jumelles, produit par la RTS. D’abord le portrait d’un photographe animalier dans les rues de New York, puis celui d’un forgeron suisse fabriquant des sabres au Japon. Nous sommes allés avec son réalisateur Romain Guélat présenter ce documentaire dans un festival à Tokyo.
J’ai eu l’occasion ensuite d’expérimenter concrètement le mélange entre l’illustration sonore et la musique, à la faveur d’une commande originale. Il s’agissait pour moi de redonner une nouvelle vie à de vieilles archives de films Super 8 témoignant de la vie locale, entre ville et campagne, au milieu du siècle dernier. Je me suis alors souvenu des films de Jacques Tati, de la façon qu’avait le réalisateur français de décaler le son de l’image, en y mêlant l’humour et la fantaisie.
Composer pour le cinéma, quel que soit son métrage, ouvre l’horizon et fait travailler l’imagination. Dans mes réalisations récentes, la musique d’un documentaire sur l’ancienne Route 138, qui serpente entre mer, rocs et forêts à travers le Canada. Mais aussi celle d’un film tourné en Alaska. Je ne suis jamais allé en Alaska. Les sons voyagent à ma place, dans mon home studio de Porrentruy, la ville jurassienne où je suis né en 1981.